Une éducation suisse
La montagne comme salle de classe
Faut-il, pour mieux éduquer, monter en altitude ? Faut-il, pour mieux apprendre, étudier et skier ? Depuis la fin du XIXe siècle, les écoles privées d’élite, inspirées des boarding schools britanniques, se sont multipliées en montagne. Pourquoi un tel succès ?
Tout remonte, semble-t-il, à la création d’un pensionnat pour garçons à Genève par l’écrivain et pédagogue Rodolphe Töpffer, dès les années 1820. Pour ses élèves en majorité étrangers, il invente, selon les principes rousseauistes, les « courses d’école », qui leur permettent de se frotter à la nature des Alpes. Mais il faut attendre un bon demi-siècle pour voir la fondation à Rolle (Vaud), en 1880, de l’Institut Le Rosey, qui devient l’étalon du pensionnat d’élite suisse. Prestige du siège (un château médiéval !), sélectivité élevée, enseignement bilingue, importance du sport comme moteur d’apprentissage et de motivation, sens de la communauté, le modèle est défini, qui s’étendra bientôt aux rives du Léman.
En 1915, Première Guerre mondiale aidant, Le Rosey met le cap sur Gstaad pour l’hiver. Un coup d’essai qui devient vite une habitude, puis une tradition, contribuant à l’essor de la station, où s’installent certaines familles fortunées. Pourquoi ce choix ? Pour la dimension pédagogique de la montagne, avant tout. Ski, patinage, alpinisme contribuent à forger les caractères, à instiller des disciplines, à encourager l’endurance, la résilience et l’esprit d’équipe. Responsabilisation, autonomisation, maturité, les bénéfices sont multiples. Sans oublier la dynamique des réseaux créés entre parents d’élèves.
Devenir le meilleur de soi-même
À cette époque, le Collège Alpin International Beau Soleil, installé à Gstaad dès 1910, a déjà déménagé sur le plateau ensoleillé de Villars-sur-Ollon, à 1’300 m d’altitude. Après la Seconde Guerre mondiale, en trois ans, trois autres écoles y sont fondées, toujours en activité aujourd’hui — La Garenne International School en 1947, Préfleuri International Alpine School en 1948, puis L’Aiglon College à Chesières en 1949.
Le modèle ? La boarding school britannique, principalement, mettant en avant haut standing, recherche d’excellence, petits effectifs et haut niveau de personnalisation — pour des parcours souvent entamés dès la petite enfance. L’influence des écoles Montessori et de la pédagogie holistique de l’Autrichien Rudolf Steiner, très axée sur les arts et le travail manuel, jouent aussi un rôle. D’abord essentiellement aux mains de fondateurs anglais et français, ces internats suisses pour l’élite attirent au fur et à mesure de plus en plus de candidats des quatre coins de la planète, favorisant encore la sociabilisation, la pratique des langues et enrichissant le futur carnet d’adresses des élèves.
Avec le temps, le but évolue : tandis que le monde se mondialise, il s’agit, de plus en plus, de préparer aux examens internationaux, à une mobilité et une adaptabilité à l’échelle de la planète. En affirmant haut et fort, à contrecourant des poussées démagogiques des dernières années, des valeurs humanistes et le rôle central du multilatéralisme. Éducation bilingue ou 100 % anglophone, Baccalauréat français, A-Level britannique, Maturité suisse ou IB (International Baccalaureate) au terme du cursus, c’est selon.
Une éducation (très) dynamique
Sécurité, qualité de vie, la Suisse en général et les stations du Valais en particulier attirent de plus en plus de résidents étrangers fortunés. L’occasion d’un nouvel essor. C’est ainsi que, en 2011, la Verbier International School est fondée avec une volonté : « éduquer au-delà du curriculum » pour former des citoyens du monde à l’esprit aiguisé, intègres, indépendants et créatifs. Comment ? Par une approche holistique, multipliant les sources d’apprentissage et les expériences. Débats. Cours de théâtre, d’arts plastiques et même de cuisine. Visites culturelles et randonnées. Sport plus encore à travers une douzaine d’activités. En vedette : les programmes de sport-études Ski Race Academy et Freeride Academy, incluant des sorties sur glacier à Zermatt et Saas Fee. Une réussite, qui inspire la création de la Copperfield International School, à Verbier également — jusqu’à la réunion des deux institutions à l’été 2025 sous l’égide de Duke’s Education, au moment même où sont inaugurés les nouveaux locaux du campus des Trois Cimes (avec centre sportif attenant).
De l’autre côté de la vallée, au cœur de Crans-Montana, Le Régent International School, le plus jeune des internats internationaux suisses (2015), a adopté une même philosophie, déclinée à travers sa propre formule magique : h3. L’éducation par la réflexion (head), le cœur (heart) et l’expérience (hand), tout en anglais mais avec cours de français obligatoires. Un « apprentissage expérienciel » riche d’une multitude d’options, de la musique au yoga, des débats et cours d’éloquence à la robotique, du vélo de montagne au hockey, en passant par les courses d’orientation… Le but ? Favoriser l’épanouissement pour tirer le plein potentiel des enfants, construire des savoir-faire et des savoir-être qui dureront une vie, façonner des citoyens éclairés, entreprenants, des leaders responsables, conscients de leur rôle social et même environnemental, dont les actions influeront positivement sur la construction du monde. Une mission clef doublée d’une énorme ambition.
Les Roches, une école hôtelière en altitude
Établie de plus longue date, l’École Les Roches est implantée à Crans-Montana depuis 1954. Née autour d’un projet similaire aux autres internats, elle a, pour sa part, évolué vers une dimension hôtelière internationale. Quoi de plus naturel ? Le campus, posé en balcon face aux Alpes valaisannes, entouré d’une cohorte d’établissements de grand luxe incarnant le savoir-faire suisse, semblait parfaitement taillé pour cette ambition.
Bien plus que d’apprendre dans un environnement stérile, tout ici se vit et s’intègre au quotidien, dans le cadre ultra-favorisé de la station. « Une salle de classe à ciel ouvert », s’enthousiasme le directeur de l’école Giovanni Odaglia. Hôtels-stars, scène culinaire dynamique, pistes et golfs, événements sportifs internationaux… tous les éléments clefs de l’éducation dispensée aux Roches, toutes les voies de carrière possibles s’incarnent ici-même. Plus qu’une éducation, Les Roches s’affirment ainsi comme un style de vie — ce que traduit parfaitement sa devise : Les Roches is not just a school ; it is a Way of Life.
Une puissante dimension internationale
Formations en sciences de l’hôtellerie appliquées, tourisme de luxe, économie de l’expérience, entreprenariat, il s’agit, ici, de former les leaders de l’industrie du tourisme superlatif — en anglais, pour une meilleure assise internationale. En vedette, le très immersif Bachelor of Science in Global Hospitality trace d’emblée de riches opportunités de stages aux quatre coins du monde et une carrière assurément dynamique. Au niveau second cycle, les programmes en Hospitality Management, MBA et Executive remportent un vif succès, tout comme le Master of Science in Sports Management and Events, qui tire avantageusement parti du rôle central de la Suisse au cœur des institutions internationales du sport.
Un diplôme des Roches, c’est une assurance rare : celui d’être courtisé. Et pour cause : l’établissement se place au second rang mondial du QS University Rankings by Subject 2025 — un indice majeur de sa réputation et du haut degré d’employabilité de ses diplômés.
Membre du réseau Swiss Learning, qui regroupe la fine fleur des acteurs de l’éducation privée suisse, l’école des Roches a d’ailleurs essaimé au-delà du Valais, avec des campus ouverts à Marbella (Espagne), à Abu Dhabi et, très bientôt, à Riyad, en Arabie Saoudite — totalisant quelque 2’600 élèves d’une centaine de nationalités. De quoi mettre tout le poids nécessaire dans le mot global de la « global hospitality education »…
Un apprentissage pratique, avant tout
Plusieurs mots clefs balayent l’éducation reçue aux Roches : service ; leadership ; innovation ; résolution de problèmes. Et s’il fallait définir une priorité ? Un sentiment essentiel sous-tendant toute l’éducation dispensée ici ? « Une combinaison d’excellence académique et d’apprentissage expérientiel centré sur l’humain », assure Giovanni Odaglia.
Sur le campus de Crans-Montana, chambres, restaurants et bars d’application rejoignent ainsi des installations à la pointe de la technologie, réunies au sein du bâtiment contemporain du Spark — qui comprend notamment des salles de réalité virtuelle et un studio de médias digitaux. Le meilleur des technologies récentes pour, là encore, développer en coopération, au sein de groupes de petite taille, des compétences basées sur l’expérience. Les visiteurs peuvent même passer à table au restaurant-école Substance, mettant en scène une cuisine alpine moderne appuyée sur des ingrédients très locaux et durables !
Dès le début de l’année d’études, projets de groupe et entraînements à la décision rythment aussi le calendrier, tandis que les centres d’intérêt et la créativité de chacun sont encouragés à travers les clubs étudiants. Cuisine, connaissance du vin, durabilité, arts, investissement caritatif, sports… les talents sont invités à s’exprimer, quels qu’ils soient. Le but ? Construire une maîtrise profonde, qui permette aux jeunes de trouver leur place.