Saint-Martin-de-Belleville
L’art de vivre la montagne
Niché dans son vallon ensoleillé, au flanc du plus grand domaine skiable relié du monde, le village de Saint-Martin-de-Belleville appartient à ces lieux précieux que l’on hésite à partager, tenaillé par l’envie de les garder secrets. Ses mots-clefs ? Authenticité et luxe feutré.
En pleine Tarentaise, dans le parc national de la Vanoise, les hivers de Saint-Martin (1’450 m) se conjuguent sur fond de vastes horizons alpins. À une télécabine de là, s’ouvrent les 3-Vallées, l’un des plus vastes domaines skiables du monde, cumulant 600 km de pistes. Les Ménuires et Méribel à côté, Val-Thorens au-dessus, Courchevel au-delà. Point culminant : 3’230 m. Un ski ensoleillé avec, au plus proche, une bonne moitié de pistes familiales et, déjà, un premier run freeride sécurisé (La Riondaz) pour ceux qui aiment enfoncer leurs spatules dans la poudre des Alpes indomptées…
Ambassadeurs de la Savoie
En marge des foules, la vallée des Belleville ne s’est éveillée au tourisme que dans les années 1970. Au hameau de Saint-Marcel, notamment, où un certain René Meilleur ouvrit alors un resto de raclette — La Bouitte, du nom local des cabanes à tout faire. Quelques années plus tard, le président français Valéry Giscard d’Estaing et le roi d’Espagne Juan Carlos, grands amateurs de glisse, s’y attablaient. Et bientôt René, l’autodidacte, prenait une décision qui allait bouleverser le cours de l’existence de Saint-Martin-de-Belleville : et s’il essayait de faire aussi bien que les grands chefs ? Son fils Maxime à ses côtés, René gravit les échelons : 1 étoile Michelin, puis 2 et même 3, un temps. La raison du succès ? Une cuisine pétrie de patrimoine et de terroir, en recherche d’être plus que de paraître, conçue dans une rare synergie père et fils — et, depuis fin 2024, à huit mains, avec le renfort de la troisième génération.
Un hôtel (griffé Relais & Châteaux) accompagne désormais le restaurant, ses poutres apparentes et cocons de bois vieux renfermant meubles anciens et lainages épais, ambiances conviviales et soins inspirés de la montagne. Un destination hotel, diraient les Anglais : une raison déjà suffisante de tailler la route jusque-là (de Genève ? 2 h).
Authenticité sublimée
Le ton est donné. Saint-Martin-de-Belleville sera ce village à l’authenticité idéalisée. En cœur de bourg, derrière sa façade de grosses pierres, Le Montagnard a effectué sa propre ascension. Entré au Gault&Millau, le voilà décrété institution. Là où jadis dormaient les bêtes, on dîne « d’une cuisine engagée où chaque produit a une histoire », dans l’ombre de Pépé Nicolas, l’arrière-grand-père, pionnier du développement de la station.
Face à la terrasse, le haut clocher de l’église — une beauté baroque — veille un aréopage de chalets et de fermes que rien ne dépareille. Des bâtiments à taille humaine, uniquement, intégrés au paysage. Sous les charpentes, cependant, tout a changé au fil du temps, alliant le confort au charme rustique. Bonjour l’esthétique wabi-sabi (au Chalet Éden), les bains nordiques, les piscines intérieures et salons cathédrale bardés de baies vitrées. En 2025, le Chalet Escapade (630 m2 !) prétend même au titre de Meilleur nouveau chalet du monde aux World Ski Awards. Spa privé, chef à demeure, la destination entre là dans un univers hautement feutré. À deux pas, le très luxueux M Lodge & Spa, 5 étoiles, tout en pierre et bois, lui fait écho, avec ses suites en duplex atteignant 90 m2.
Hors du monde, hors du temps
Exclusif mais familial, serein mais convivial : telle semble être la devise de Saint-Martin. Dans l’intimité du piano-bar du M Lodge. Sur la terrasse après-ski du Lodji, autre référence locale, avec vue. Sur la place centrale, à picorer au fil des bars éphémères de l’hiver.
Fêtes aidant, une atmosphère féérique s’empare des lieux. Illuminations, marché de Noël et spectacle arrosé de vin (ou de chocolat) chaud, concerts bimensuels à l’église, descente aux flambeaux et feux d’artifices hebdomadaires pendant les vacances… le ton est, là encore, aux racines poétisées, au sein d’une communauté soudée. Le message ? Voilà un havre de paix, intemporel, un refuge au cœur des excès du monde. Un lieu où les tensions se dissolvent lors de la semaine Yogiski (en fin de saison) et, toute l’année, dans les spas et les eaux chaudes du centre de bien-être de La Belle Vie, perché sur son promontoire buvant allégrement le paysage. Vertueux (alimenté à 80 % grâce à la biomasse). Luxueux. Vaporeux — avec trois saunas, l’un panoramique. Saint-Martin-de-Belleville ? Un art de vivre.