Les architectes du domaine
Téléverbier célèbre ses 75 ans
Remontons le cours du temps. Les Années Folles battent leur plein lorsque les premiers skieurs s’élancent dans l’amphithéâtre neigeux de Verbier. Était-ce 1925, ou plus tôt encore ? Peu importe. Plus que la date, c’est la manière qui compte : une longue montée à peaux de phoque depuis Sembrancher, jusqu’au-dessus des mayens, puis une unique descente au fil des pentes abreuvées de soleil — toujours trop courte.
95 % de sueur, 5 % de descente
Le sport est encore confidentiel lorsque Marcel Michellod (alias « le yéti des Ruinettes » !), fonde l’École Suisse de Ski de Verbier avec quelques amis, en 1933. Pour s’échauffer, le matin, on s’offre une petite séance de gymnastique, avant de grimper les pentes en escaliers, histoire de les « damer » un peu… Beaucoup d’efforts pour une récompense bien vite consommée.
Après-guerre, optimisme revenu et modernité aidant, l’idée d’une remontée mécanique se fait jour. Ce sera le funiluge, une grosse luge pouvant accueillir 12 personnes, tractée à vitesse escargot par un câble. Dès l’année suivante (1947), elle est remplacée par un téléski aux perches équipées de sièges en forme d’assiettes. Une première !
Les origines de Téléverbier
Folie ou assurance sur le futur ? Personne ne saurait le dire lorsque, l’avant-veille de Noël 1950, le « télésiège » de Médran est inauguré. Pour une nouveauté, c’en est une : le premier appareil débrayable monocâble de Suisse — un modèle qui essaimera ensuite dans tout le pays. Étrange engin, façon cabine métallique, mais ajourée ! Un premier pas, suivi par d’autres : téléski à la Tête des Ruinettes (1952), télésiège monoplace (1955) puis téléski (1956) à Savoleyres, téléskis Rouge, Bleu et Vert financés par l’École de Ski de Verbier en 1957 et, la même année, inauguration du téléphérique des Attelas. Dans les années qui suivent, la cuvette du lac des Vaux et la combe de Médran sont à leur tour équipées.
L’ivresse des sommets
L’essor fulgurant du ski dans les années 1960-1970 facilite de nouveaux investissements. Les remontées descendent au Châble et gagnent en altitude, vers Tortin et le Mont-Gelé (3’030 m). En 1967, la « Société Anonyme des Téléphériques de Verbier » devient Téléverbier et rachète les tire-fesses de l’ESS. S’ouvre l’ère des projets les plus ambitieux. En 1983, le téléphérique atterrit au Mont-Fort. L’essentiel de l’architecture du domaine est désormais en place.
Aujourd’hui, pas moins de 82 remonte-pentes, télésièges, télécabines et téléphériques relient entre elles les six stations des 4-Vallées, desservant quelque 410 km de pistes — et dessinant ainsi le deuxième domaine le plus étendu de Suisse et l’un des plus vastes d’Europe. Loin de se reposer sur ses lauriers, Téléverbier entretient, change, innove, imagine. Médran IV en 2021. Le nouveau télésiège de la Pasay (côté Bruson) en 2022. La plate-forme d’observation du mont Fort. Et, désormais, le projet phare de la liaison Esserts — Planards — Savoleyres, qui doit permettre de relier Verbier à Savoleyres-La Tzoumaz skis aux pieds.