La marque du terroir
Histoire d’Enfer : vins phares et vins rares
Nouvellement installé dans son luxueux caveau de Loc, sur la commune de Crans-Montana, le Domaine Histoire d’Enfer produit des vins parcellaires qui séduisent les fins gastronomes.
Le D argenté frappant les étiquettes noires des bouteilles se répercute désormais sur plus de 400 tables suisses de renom. D de delta — allusion au terroir —, D de Dionysos, mais surtout D de docteur. Patrick Regamey, co-fondateur d’Histoire d’Enfer, médecin généraliste à Crans-Montana et passionné de dégustation, ne se cache jamais bien loin. Sa devise ? « On ne fait pas de grands vins sans grands raisins. » Pour construire cette Histoire d’Enfer, rien d’impossible : vendanges manuelles, petits rendements de 400 grammes au mètre, pratique bio (non certifiée) et intrants limités.
Des sols calcaires et caillouteux
L’un des 19 membres de l’Association des encaveurs du Haut-Plateau, une petite région viticole fort diversifiée, le domaine voit le jour en 2008 à l’initiative de quatre amis passionnés de grands vins. Étendu sur quatre hectares, il se nomme alors encore Histoire d’en Faire… mais les débuts complexes, impliquant différents œnologues et changements de vinification, le voient finalement renommé Histoire d’Enfer !
Aujourd’hui, le domaine défend une vision parcellaire sur 12 hectares, disséminés entre Corin, Miège, Sierre et Varen-Salquenen, sur des sols calcaires et caillouteux, très différents des terroirs granitiques de Fully favorables à la Petite Arvine. Ici prospèrent le Pinot Noir, le Cornalin, l’antique Rèze et l’Humagne Blanc.
Une reconnaissance internationale
Entouré d’opulentes vignes et d’un timide olivier, le joli caveau de dégustation, tout de bois et de pierre, aménagé en 2022 à Loc, sur la commune de Crans-Montana, affirme d’emblée le positionnement haut de gamme. Dans cet espace apaisant, Histoire d’Enfer organise régulièrement des repas animés par des chefs renommés — à l’instar d’une proposition autour de la chasse du doublement étoilé Gilles Varone.
« Nous avons réussi à construire une belle marque par le bouche-à-oreille et à imposer au niveau suisse notre vision de grands terroirs de classe internationale, sur le modèle de la Bourgogne et du Piémont — qui plaît aux collectionneurs », se réjouit Julien-François Nebel, responsable communication et marketing. Formé dans le domaine de la haute horlogerie, celui-ci apprécie la précision des vins maison, dont deux ont obtenu cette année plus de 95 points au guide Parker et cinq étoiles du magazine Falstaff. Julien-François Nebel se réjouit aussi de voir les flacons d’Histoire d’Enfer présents à Crans-Montana : « L’Hôtel Six Senses, qui travaille exclusivement avec des produits ultra-locaux, propose une large sélection de nos nectars. On peut aussi les trouver sur la table japonaise du Kaizen. »
Une passion pour le Pinot Noir
Deux rouges se distinguent : l’élégant Pinot Noir, représentant 25 % de la production, et le Cornalin, autochtone et robuste, au potentiel de garde important. Commercialisés aujourd’hui sur le millésime 2020, ces vins ont reposé six mois en cuve inox, passé douze mois en barriques de 600 litres et vieilli en bouteilles pour obtenir des tanins fondus. Patrick Regamey propose de déguster le millésime 2024, « compliqué pour les rouges », directement tiré du tonneau à la pipette par Alexandre Roduit, le chef de culture. Le vin Passion propose une belle bouche très fraîche, au final d’orange amère. Le Calcaire frappe par sa minéralité et son côté safrané, alors que Calcaire absolu, élevé en bois neuf, transporte vers des effluves de balsamique et de sous-bois. Un jour cotonneux se prêtera aux douces flammes de l’Enfer blanc, issu du Pinot Gris et du Riesling, aux effluves de citron. Et le Cornalin ? Verre en bouche, Patrick Regamey s’exclame : « voici un vin magique ».