Le jet d’eau de Genève

Signature d’une ville

Texte
Claude Hervé-Bazin
Copyright
Genève Tourisme | Colin Frei — Suisse Tourisme
Parution
Août 2026

Né d’une nécessité industrielle, le jet d’eau est devenu l’emblème de Genève. Une prouesse technique symbolisant l’essor et le dynamisme de la ville, mais aussi une vraie poésie urbaine et… une douche assurée pour ceux qui s’en approchent.

Volatilisée en milliards de particules, l’eau enveloppe, imprègne, comme au cœur d’un Niagara urbain. Pour voir le jet d’eau de près, il faut dérouler la large jetée en bois, puis risquer l’inondation et le torticolis tout à la fois.

À la fin du XIXe siècle, Genève, en plein boom, s’équipe d’une usine hydraulique sur le Rhône, à La Coulouvrenière, pour alimenter habitants et artisans en eau. Mais lorsque les ateliers ferment, le pression s’accumule dans les conduites. Pour éviter les dommages, une vanne est ouverte. L’eau sous pression jaillit…

Le jet est né, d’abord simple soupape, bientôt curiosité. Les Genevois adoptent le panache, haut d’une trentaine de mètres. Et lorsque, quelques années plus tard, le jet perd son usage technique, il est décidé de le conserver. Il déménage toutefois à l’extrémité de la jetée des Eaux-Vives, au cœur de la rade. Le voilà propulsé à 90 m de haut, avec quatre « branches » latérales (comme un arbre !) et bientôt éclairé pour célébrer, le 1er août 1891, les 600 ans de la Confédération.

En 1951 est installé un nouveau mécanisme — toujours en usage. Le jet, séparé du réseau d’eau potable, est désormais directement alimenté à la source du lac et atteint… 140 m ! Un record européen. Ce sont ainsi 7 tonnes d’eau qui sont propulsées à tout instant, lardées de microscopiques bulles d’air, s’élevant à près de 200 km/h, à raison de 500 litres par seconde — pour une culbute qui dure en tout et pour tout 16 secondes. Joli, mais techniquement complexe !

Fendant le ciel de son blanc halo du matin jusqu’en fin de soirée, le jet d’eau entre parfois en sommeil lorsque la bise ou le joran se font trop violents, ou que le mercure plonge sous le point de gel… au risque de se transformer en canon à neige ! Avant 2003, il hibernait même durant quatre mois. Seuls cinq hommes, tous retraités des Services Industriels de Genève — qui assurent les services essentiels de la ville —, ont ce pouvoir de décision. Seuls eux ont le droit d’allumer et d’éteindre l’incendie liquide.

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