Simon, Martin et Samuel Anthamatten

Les trois frères qui aimaient la montagne

Texte Laurent Grabet / Photo DR
Date de parution Hiver 2018-2019

Nés à Zermatt, ces montagnards d’exception sont tous guides de formation, mais leur passion commune s’exprime de manières aussi différentes que spectaculaires. Rencontre avec une fratrie zermattoise vraiment pas banale.

Les Anthamatten, ce n’est pas vraiment ce qui manque dans le Haut-Valais ! Mais Simon, Martin et Samuel sont sans doute les plus célèbres à porter ce patronyme dans la région. Les trois frangins, respectivement âgés de 35, 34 et 32 ans, partagent un même amour de la montagne. Tous sont guides de formation, mais leur passion se décline assez différemment.

Un bouillonnement d’énergie
Simon, l’aîné, est un alpiniste plus qu’accompli : il fut même un temps compagnon de cordée du regretté Ueli Steck. Les deux hommes remportèrent le Piolet d’or 2009 pour leur ascension en style alpin de la face nord du Tengkangpoche, au Népal (6’487 m). Une première avec, à la clef, un mur de 1’700 m à avaler.
Martin, le cadet ultra-endurant, garde-frontière de métier, s’est lui spécialisé dans le ski-alpinisme et le trail. À son touffu palmarès figure une victoire à la Patrouille des Glaciers 2010, une très belle seconde place en 2018 (en 5h45) et un double succès au Matterhorn Ultraks 46K — dont le dernier remonte seulement à août dernier. Passant le plus clair de son temps à peaufiner sa condition physique en altitude dans une quête inassouvie de « liberté et de dépassement de ses limites », il se concentre cette saison sur deux objectifs : les championnats du monde de Villars (VD) et le prestigieux Trophée Mezzalama. « Cela demande beaucoup d’énergie, mais cela m’en procure beaucoup aussi », souligne l’intéressé, toujours allant.
Samuel, le « petit dernier », au mental de fer, est le plus connu du grand public car il s’est s’illustré, skis aux pieds, sur le très médiatisé Freeride World Tour. Il termina notamment deuxième au classement général dès sa première participation en 2011 ! Il est aussi connu pour avoir ouvert, la même année, une « voie Anthamatten » dans la face nord du Cervin avec son frère aîné Simon. Fervent amateur de belles lignes, qu’il tente de dénicher dans le monde entier, il a profité du tremplin du FWT pour se reconvertir avec succès dans la photo et la vidéo.

Passion partagée
Les trois frères se sont pris de passion pour la montagne ensemble, dès l’enfance. « On était toujours fourrés dehors à courir, marcher ou grimper », se souvient Martin. À seulement 11 et 14 ans, Samuel et Simon avaient déjà rallié le sommet du Breithorn (4’164m), le premier d’une longue série de courses et de 4’000 !
Les parents de ce trio infernal n’étaient pourtant pas des « fous de montagne ». Tout juste ce dessinateur en bâtiment et cette mère au foyer aimaient-ils randonner en famille le dimanche… Aujourd’hui, ils confessent toujours se faire du souci pour leurs aventureux rejetons. Simon, au moins, a un peu levé le pied. Après s’être recentré sur son métier de guide, le trentenaire se consacre aujourd’hui aux secours en montagne. Depuis janvier dernier, il est pilote d’hélicoptère chez Air Zermatt. « Quand il faut aller chercher quelqu’un en difficulté en montagne, on sait pourquoi on doit tout donner. Gravir une montagne pour le plaisir est plus illogique », souligne-t-il.
« Les montagnes ne sont pas comme les gens. Elles sont systématiquement honnêtes. Lorsqu’on prend la mauvaise décision, on le sait tout de suite. Avec elles, impossible de tricher », renchérit Samuel. À discuter avec les trois frères, une constante s’impose, dans leur relation à la montagne et aux autres. Un mot vient à l’esprit : « droiture ». Une droiture qui fait écho, sans doute, à l’intransigence de la montagne.

 www.anthamattens.ch

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