Frédérique Constant : une page se tourne

Texte Olivier Müller
Date de parution 26.09.2018

Le groupe vient de fêter ses 30 ans. D’un improbable pari néerlandais, Frédérique Constant est devenue une marque incontournable de l’horlogerie Swiss Made. Sur le départ, son CEO fondateur Peter Stas se lance maintenant à l’assaut des montres connectées. 

C’était en 1988. A l’échelle de l’horlogerie, c’était hier : la création d’une toute petite maison familiale, Frédérique Constant. Elle fête aujourd’hui ses 30 ans et un parcours proprement hors norme.

Passée sous pavillon japonais
L’entreprise familiale avait choisi Paris pour célébrer un évènement qui, pour certains, sonnait comme un chant du cygne : Peter Stas, CEO fondateur de la marque, ne fêtera pas les prochaines décennies. L’homme a revendu son groupe il y a deux ans au japonais Citizen.

Aucun de ses enfants ne voulait reprendre la main. « Nous avons toujours poussé nos enfants à suivre leur propre voie. Ils nous ont écouté ! », sourit l’homme. « Pour assurer la pérennité du groupe, son développement, favoriser les transferts de technologie, intégrer un grand groupe était la meilleure des solutions ». Peter Stas reste le capitaine de transition de son navire jusqu’à fin 2020, après quoi il devrait se retirer.

Toutes les conditions d’un échec annoncé
L’homme reste trop humble pour s’en vanter mais son groupe est l’une des réussites horlogères les plus glorieuses de ces dernières années. Pourtant, rien ne l’y disposait. Il s’est lancé en 1988, année de mort cérébrale de l’horlogerie mécanique, encore largement dominée le quartz. Sa marque, Frédérique Constant, est une pure invention, un collage fantasque de noms d’aïeuls. Elle est fondée sur des capitaux propres, 100% indépendants. Et pour compléter le tableau, les époux fondateurs, Peter et Aletta Stas, sont néerlandais, sans la moindre expérience horlogère ni souche qui pourraient l’en rapprocher.

Un succès hors norme
Trente ans plus tard, les résultats sont sidérants : trois marques (Frédérique Constant, Alpina, Atelier de Monaco), 150'000 montres Frédérique Constant prévues pour 2018 (10'000 pour Alpina), 3000 points de vente répartis dans 120 pays pour 200 collaborateurs, filiales incluses. Pour avoir un ordre de grandeur, 150'000 pièces par an, c’est peu ou prou le volume de Breitling, 2,5 fois plus que Hublot, 7 fois plus que Zenith ! La marque ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : un nouveau site est en train de sortir de terre à Plan-les-Ouates, lequel pourra porter la capacité de production à 300'000 montres par an.

Un Top 5 à 600 milliards de dollars
Peter Stas ne verra probablement pas ce nouveau cap.  L’homme aura passé la main à son bras droit, le néerlandais Niels Eggerding. Pourtant, loin des terrains de golf, Stas a d’autres idées en tête. L’infatigable entrepreneur n’a pas revendu tout son groupe à Citizen : il s’est gardé MMT, jeune start-up d’une douzaine de collaborateurs qui développe des calibres connectés de smartwatches.

Après 30 ans de calibres mécaniques, Stas se lance donc à l’assaut de la montre connectée. Ses premiers clients sont tout trouvés : Frédérique Constant et Alpina ! Pour se développer plus avant, MMT aura toutefois besoin de bien davantage. En face, les concurrents connectés sont titanesques : Apple, Garmin, Fossil, Swatch Group, Samsung, soit un Top 5 qui pèse, ensemble, plus de 600 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Stas n’a pas froid aux yeux. Rendez-vous dans 30 ans ?

frederiqueconstant.com

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